samedi 16 juillet 2011

MC2 à Grenoble, la trahison de l'esprit Malraux

Lorsqu'il inaugurait la maison de la Culture de Grenoble en 68, Malraux prononçait un discours, chargé de sens encore aujourd'hui. Je cite un extrait qui, à l'évidence 40 ans plus tard, a été incompris:

' La Maison de la Culture ne répond nullement à un besoin de distraction. Que l'on m'entende bien: certes, on ne vient pas ici pour s'ennuyer. Mais finissons en avec un malentendu né il y a trente ans, lorsque la culture était tenue pour une occupation privilégiée des loisirs. Il n'y a pas de culture sans loisirs, c'est évident. J'insiste sur ceci: ne voir dans la culture qu'un emploi des loisirs, c'est assimiler le public des Maisons de la Culture à la bourgeoisie de naguère. La distraction de cette bourgeoisie, c'étaient les tournées. La collectivité qui s'inscrit aux Maisons de la Culture attend de nous tout autre chose que les tournées pour tous. '

Qu'en est-il aujourd'hui? Le public achète une place ponctuelle ou un abonnement annuel pour se rendre aux représentations des spectacles programmés par les professionnels de la MC2, spectacle qui d'ailleurs tournent d'une scène nationale de grande ville à une autre. Ce n'est rien d'autre qu'une optique de consommateur de loisir. Elus locaux, pour reprendre les propos de Malraux, vous "assimilez le public des maisons de la Culture à la bourgeoisie de naguère" ...

Autre extrait si fort de signification:
Nous sentons que la culture occidentale est en pleine mutation (...). Mais aussi parce qu'à maints égards, la culture qui nous est léguée fut celle de la bourgeoisie. (...) La métamorphose qu'apporteront, en une génération, les Maisons de la Culture comme celle-ci, (...), pour être moins manifeste que celle qu'apporte l'Union Soviétique, ne sont peut-être pas moins décisives. Jean Vilar a fortement agi sur le public du Théâtre National Populaire, mais ce public a fortement agi sur l'oeuvre de Jean Vilar. Ici, les spectateurs, qu'ils le sachent ou non, sont aussi des acteurs. Avec la nation entière à la place d'une classe privilégiée, avec les nouveaux moyens de diffusion des oeuvres, la culture change de nature.

Malraux bafoué dans son voeu le plus cher. Nous sommes loin de la participation des habitants dans la construction des objectifs culturels de la MC2. La sélection artistique a lieu en cercle fermé d'élites; nous laissons "une classe privilégiée" choisir ce qu'il est bon de donner à voir à une population, qui n'a nullement la place pour donner son avis mais qui pourtant cherche à le faire entendre ( voir les mobilisations des structures culturelles grenobloises)

André, Nous entends-tu de là-haut ? Tout ça n'a pas changé: "la culture qui nous est léguée" est encore "celle de la bourgeoisie".