lundi 5 août 2013

L'uniforme de domination


L uniforme de domination

(ce texte est une tentative nouvelle pour moi en terme de style; sans doute à parfaire)

Regarde le monsieur assis en face
Celui aux cheveux ordonnés , pas un qui dépasse
En Costume 2 pièces, chemise et cravate sombre
Ces chaussures reluisent
comme la serviette à ces pieds.

Sa veste taillée à ravir
lui donne cette prestance
des hommes d’importance ;

Peut-être un banquier
ou même un assureur
Sans doute a-t-il des responsabilités
pour sortir si bien habillé

Ou alors commercial
cadre ou chef d'entreprise

C'est qu'ils se ressemblent tous
avec leur belle apparence
Ils ne portent pas de signes
qui révèlent leur personnes

Ils portent cet uniforme commun
aux messieurs respectables
Suivent les codes vestimentaires
des hommes de pouvoir.

On les confondrait
s'il ne leur restait un visage
Ils masquent le reste
A croire que c'est nuisible

Quand on est à leur place
la posture compte-elle tant ?
Se donner un air sérieux et fort
servirait leur fonction.

Mais à remplir si bien leur fonction,
Leur fonction les habite.
Ont-ils seulement conscience
de leur situation d' errance ?

Spectres à l'intérieur de leurs corps
où leur âme est coffrée,
ils ont endossé l'uniforme
de soldats sans raisons.

Ils ont ôté leur personne
transformés en androides.
Plus d'émotion, des mécanismes.
le fonctionnel a chassé le naturel.

Ils intériorisent les subordinations
aux règles de conduite de leur fonction,
aussi aisément qu'ils affirment
leur position conquérante.

Tout devient bienséance servile
aux normes de la domination.
Leur force réside dans cette façade
S'en démarquer serait un péril,

Quel danger que leur modèle
puisse attirer des fidèles
venant grossir les rangs
d'un ordre déshumanisant !

Convaincre, ordonner ou choisir
tel est leur quotidien
rien ne doit entraver
le chemin vers ces fins.

Occultés les détails
qui trahiraient leurs traits,
les mettraient à la merci
des vis-à-vis destinés
à appliquer, suivre ou obéir.

Livrer de sa personne
serait une ouverture,
derrière l'uniforme,
au delà de la fonction.

Ce serait montrer cette porte
derrière laquelle se trouve
l'âme résolument abandonnée
au risque de la dévoiler.

Ici se cache blotti
ce qui leur est propre,
ce qu'ils affectionnent
ou ce dont ils ont peur.

Il faut se prévenir
de cette part humaine
qui nous fait compatir
ou nous fait reculer.

La sympathie la compassion,
c est accepter que la limite
de son vis-à-vis humain
puisse constituer un obstacle.

Mais il faut bien avancer
sur le chemin de ces fins
sans craindre de forcer
la limite du prochain.

Et les craintes sont faiblesses
Barrières bonnes à bannir.
Qu'elles s'abaissent pour ne pas nuire
Aux desseins convoités !

Qu'elle reste dans cet espace
Cachée dans le veston,
l'âme n'a pas sa place
seulement la fonction !



Et leur sourire ?

Pas un sourire complice
Plutôt un acte opportuniste
Créer une attirance
et endormir la vigilance

Car il n'y a pas de tel conquis
que celui qui est séduit,
Une domination douce
n'en reste pas moins une.

La journée enfin finie,
Ils ôtent alors l'uniforme,
Mais l'âme jusqu'alors enfouie
réintègre-t-elle l'homme ?

Car si longtemps coffrée
Mécaniquement domptée
N'en reste-t- elle à jamais
Partiellement sclérosée ?

Le soldat sans raison
qui a trop porté son fanion
a perdu en chemin
celle qui guide son destin.

Il a couru sur la route
menant à la domination
Etouffant sa compassion
envers ses vis-à-vis.

Et c'est bien ce qu'il fit
quand le pouvoir il choisit
perdant sa sympathie
et sonnant sa déroute.

dimanche 16 juin 2013

Le nouveau challenge


Que de pages qui se tournent en ces 9 derniers mois !

Après des années de précarisation associative militante, j’atterris sur un poste au chaud dans une quasi-institution. Je m'installe en couple dans un trois pièces de 60m² après 10 années de collocation toujours plus brassantes. Je serai Papa dans 2 mois alors que je fais à peine le deuil d'une adolescence prolongée...

Jusqu'à présent, il était plus aisé d'aligner son mode de vie sur ces idées. Pas ou peu de contrainte familiale ou professionnelle laisse bien de la marge de manœuvre pour naviguer hors du routinier métro-boulot-dodo, le tout protégé par les garanties d'un système social qui bien qu'il s'effrite reste un privilège bien sécurisant.

L'aménagement récent de ce confortable appartement petit-bourgeois a été un enchaînement d'achats : frigo gazinière machine a laver, canapé, table de salon, clic-clac... ça pourrait ressembler à la longue énumération qui débute le fameux Trainspotting ; heureusement on n'est pas trop matérialiste, et le bon-coin est notre ami grâce à qui 400€ font faire ce qui en coûterait 2000 à Conforama. Pour autant il ne manque que l'écran plat et le monospace pour incarner pleinement la panoplie de la petite famille modèle installée.

Et maintenant ? Maintenant commence une nouvelle déconstruction pour éviter la reproduction sociale. Essayer de sortir de l'aliénation des 35 heures qui transforme le temps libre en simple temps de consommation ou de divertissement. Autre challenge : éviter de suivre le modèle éducatif bien-pensant, qui voudrait que de bons parents obéissent à toutes les injonctions autoritaire et matérielle qu'un environnement paternaliste et publicisé nous assigne comme indispensable, pour devenir de dignes parents.

Première étape
Objectif : Identifier les diktats, discerner leurs alternatives.
État de réalisation : Bien avancé .

Deuxième étape
Objectif : trouver la force de faire les pas de côté, ne pas succomber au confort et à la sécurité.
État de réalisation : A REALISER...

Voilà donc un nouveau challenge pour les années à venir .

jeudi 30 mai 2013

Amis pigeon, buvez'Olia

Aujourd'hui je reçois ma facture d'eau de Veolia: 110€ ! alors que j'ai payé 36 € y a un mois.

- "Bordel c'est quoi ce bin's !" me dis-je intrigué.

Alors je regarde le détail et je découvre que pour l'appartement que j'ai occupé pendant 6 mois, au total, j'aurai payé, à quelques miettes près, 35€ d'eau, assainissement et diverses taxes de lutte contre la pollution, et 111€ de frais d'accès au service et de gestion de l'abonnement par VeOlia ! Je paye 3,5 fois plus cher d'accès au service que de service consommé !

- Merde alors, là je me sens **** bien profond ! me dis-je impuissament

En voyant ça, on comprend vite les enjeux de privatisation des régies des eaux dans les grandes villes: y'a des pigeons à plumer !
Amis pigeons, souvenez-en vous quand il viendra le temps des gestes citoyens...

vendredi 16 novembre 2012

La fable de Pac Rebbiat

Sur l'ile-clairière de Pac Rebbiat, les habitants écureuils sont obligés depuis toujours d'aller chercher les noisettes de l'autre côté de la rivière en passant par le pont. Comme ils sont trop nombreux pour passer tous sur le pont et qu'ils risqueraient de se bousculer et de faire tomber les noisettes dans l'eau, seuls les grand-cureils ont le droit de le traverser . Et ça, le petit Rousspete et ses copains de la bande des mini-cureils en ont marre. Tant qu'ils ne vont pas de l'autre côté du pont, ils ne découvrent pas autre chose et c'est bien dommage pour leur développement personnel et donc pour l'avenir collectif de leur ile-clariere! 
 
Alors un matin Rousspete en parle à deux autres copains et ils se disent que ce serait bien d'aller en parler au Grand Chef Ecureuil et de lui proposer de changer tout ça. Après de longues discussions ils trouvent une solution: comme ils sont à moitié plus petit que les grand-cureils, il suffirait qu'un grand-cureil par jour accepte de ne pas traverser le pont, et comme ça 2 mini-cureils par jour pourraient enfin découvrir l'autre coté du pont. Un tout petit moins de noisettes pour un meilleur avenir, voilà qui leur parait raisonnable !

A midi, les deux copains de Rousspete croisent 4 autres mini-cureils et en discutent à leur tour. Ils en ressortent avec une revendication plus forte: ce devrait être 2 grand-cureils qui acceptent d'abandonner la traversée pour que 4 mini-cureils puissent passer tous les jours, ça leur parait encore meilleur pour l'avenir de l'ile-clairiere. Fiers de leur idée, ils envoient leurs oiseau-palabreurs informer les autres mini-cureils de la bande. 

Informés du plan en route, d'autres mini-cureuils décident de se voir dans l'après-midi pour en reparler. Ils sont d'accord pour proposer une solution au Grand Chef Ecureuil, mais trouvent insensé de demander à deux grands-cureils de ne plus traverser. Jamais le Grand chef acceptera, ça ferait trop de noisettes perdues! Par contre, comme les mini-cureils sont très habiles pour monter sur les épaules de leurs copains, si un seul Grand-cureil ne traverse pas, 2 mini-cureils portant 2 autres mini-cureil, soit 4 mini-cureils, pourraient traverser pour un seul grand-cureil qui cède sa place. Ils sont fiers d'avoir une idée si géniale. 

Pendant cette discussion de l'après-midi, ils ont reçu grâce à un oiseau-palabreur le message d'un autre copain mini-cureil, surnommé l'intello, qui ne pouvait se réunir à aucun moment car il étudie toute la journée. Le message était le suivant: 
"La problématique centrale n'est pas de traverser le pont, mais la loi historique interdisant la nage, puisqu'elle repose sur le constat que les grand-cureils se noyaient en portant des noisettes. Il faut modifier la loi et autoriser la nage sans noisette. Ainsi tous les mini-cureils pourront traverser et les grand-cureils ne seront pas dérangés. Par contre, il ne faut pas s'adresser au Grand Chef Ecureuil, mais au Conseil des grand-cureils pour demander un amendement de la loi ! " Cependant, comme l'intello emmerde tout le monde avec ces théories trop compliquées à comprendre, les mini-cureils ne l'ont pas écouté  !

Ainsi, les mini-cureils réunis dans l'après-midi envoient leurs oiseau-palabreurs prévenir les autres mini-cureils qu'il faut aller voir le Grand Chef Ecureil le soir même. Seul Rousspete est disponible donc le soir il va voir le grand chef, et lui demande qu'un grand-cureil par jour ne traverse pas pour que deux mini-cureils puisse traverser le pont. Ben oui, Rousspette est parti aider sa grand-mère avant midi donc il n'a pas suivi les idées depuis midi, et ces camarades de la bande des mini-cureils réunis pendant l'après-midi étaient tellement excités par leur idée si géniale, qu'il ont oublié de la transmettre à leurs oiseau-palabreurs en même temps que la convocation au RDV du soir !

Le lendemain, le Grand Chef Ecureil, après une nuit de réflexion, décide de prendre une grande résolution ambitieuse pour satisfaire la jeunesse qui est l'avenir de l'ile-clairiere. Pour que les mini-cureils aient eux aussi le droit de traverser des ponts, il fait construire un faux-pont sur l'ile-clariere elle-même. Ben oui, le Grand Chef Ecureuil n'avait que 2 minutes à accorder à Rousspete, donc Rousspete n'a pas eu le temps de lui expliquer que le but est de découvrir l'autre côté du pont, pour s'ouvrir au monde et mieux préparer l'avenir des écureuils !


Morale de la fable, car il y a toujours une morale dans une fable :
- on est pas toujours plus doués que des écureuils ! 

Vous croyez pas ?

vendredi 3 août 2012

5. Environnement socioculturel et pauvreté, par Mouhamed LO


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J'ajoute ici un chapitre issu du mémoire "L'impact des politiques macroeconomiques sur la pauvrete au Senegal" ,par Mouhamed LO , Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Maitrise 2009  .  Il se situe à cheval sur mes différentes parties. L'ayant lu après rédaction, je l'insère tel quel:

1.3.2.2- Environnement socioculturel et pauvreté

L'environnement socioculturel comprend le système de croyances et de valeurs qui ne favorisent pas toujours l'adoption des innovations et des transformations propices à l'avènement d'une société dynamique et prospère. Cet environnement influence et conditionne les comportements des différents acteurs face à la situation de pauvreté. Les tensions entre les systèmes économiques et les valeurs sociales dominantes requièrent forcément la mise en oeuvre d'ajustements socioculturels sans laquelle les performances économiques aussi bien individuelles que collectives peuvent demeurer relativement faibles et non durables.
Au Sénégal, les mécanismes socioculturels générateurs de pauvreté interviennent aussi bien au niveau rural qu'au niveau urbain. Ils ont pour noms : les modèles de consommation extravertis et non adaptés aux revenus des ménages, les comportements ostentatoires (comme les gaspillages dans les cérémonies familiales) qui réduisent la possibilité d'épargner et d'investir pour le moyen et long termes et les nombreuses fêtes familiales et religieuses qui ont un coût sur la productivité et sur la croissance du pays, la forte hiérarchisation des structures traditionnelles qui ne confère pas une égalité des chances et restreint les cercles de solidarité et de dynamique sociale, la persistance des disparités de genre qui écartent les femmes des instances de décision et les privent des moyens de production tout en impactant négativement sur le taux de scolarisation des jeunes filles et leur maintien à l'école, la tolérance sociale de la mendicité qui touche aussi bien les adultes que les enfants et qui génère des comportements d'assistés et la péréquation sociale qui n'encourage pas l'épargne et inhibe l'esprit d'entreprise au niveau individuel, la persistance de mentalités qui ne sont pas favorables à la préservation des biens publics et à l'esprit de citoyenneté.
Même si la lutte contre la pauvreté, implique la nécessité de revisiter les valeurs culturelles et, de transformer de manière radicale certains des repères fondamentaux de la vie collective, il serait réducteur de penser que le substrat socioculturel dans son essence, constitue une entrave pour le développement. Ainsi, l'activation du capital socioculturel agit comme un véritable amortisseur de la crise et participe à l'augmentation de la croissance au même titre que le capital physique.
Au Sénégal, ce capital social a une grande importance car contribuant à la cohésion sociale autour d'un ensemble de normes, de croyances culturelles et religieuses. Il participe ainsi à l'émergence d'associations religieuses, villageoises de développement, etc qui constitue un vaste réseau d'entraide.
Il est bon de souligner que le secteur informel et l'émigration (dont la contribution à la formation de la croissance n'est plus à démontrer) se sont fortement appuyés sur ce capital social arrimé sur des valeurs fortes de solidarité et de partage.
L'enjeu réside donc dans la conduite d'un inventaire des valeurs et comportements socioculturels, de manière à extirper de la société ceux qui freinent le développement et entretiennent la pauvreté, et à promouvoir ceux qui constituent des facteurs d'accélération de l'émergence économique et sociale.

jeudi 26 juillet 2012

4. Popenguine, un modèle de développement local

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Popenguine est un village le long de la Petite Côte, à quelques 20 km au nord de Saly et 45 km sud de Dakar. Outre ses quelques installations touristiques, il est connu et reconnu pour la dynamique initiée par l'association des femmes il y a une vingtaine d'années, le RFPPN, Regroupement des femmes de Popenguine pour la protection de la nature. J'ai rencontré Cathie la gérante du campement villageois, on a discuté une bonne heure pendant laquelle elle m'a raconté l'aventure depuis ses débuts jusqu'aux projets en cours.

Lien pour en savoir plus en cliquant ici

Sans rentrer dans un rétrospective précise, je vais essayer grâce à l'histoire de Popenguine de mettre en lumière un modèle de développement qui mérite l'attention que lui accordent déjà diverses organisations. Il ne s'agit pas d'un programme planifié à l'avance, mais d'une progression patiente, à mesure que les besoins et envies exprimées par les presque cent vingt femmes à ce jour, font l'objet d'une maturation collective puis d'éventuels soutiens extérieurs.

Pendant des décennies les habitants s'alimentaient en bois pour la cuisine, en coupant des arbres à proximité, en bordure de la réserve. Au milieu des années 80, les femmes du village ont pris conscience que le recul de la végétation s'aggravait, et que faune et flore s'appauvrissait au fil des ans. Malgré les critiques des hommes qui jugeaient inutiles leur besogne, elles se mirent à replanter à la main des milliers d'abres. En moins de dix ans, elles observèrent le retour d'espèces animales, et entrainèrent une même dynamique auprès des femmes de 7 autres villages limitrophes de la réserve.

L'histoire est marquante car le reboisement initial fut entrepris avec seulement une pelle pour outil et l'eau à transporter manuellement sur 1,5km... Depuis, la Fondation Nicolas Hulot aida à diverses reprises depuis les années 90, la direction des parcs nationaux a organisé quelques formations, et d'autres acteurs ont contribué. Désormais existent une pépinière, du maraîchage, un circuit réfléchi d'approvisionnement en bois, des initiatives d'enfouissement ou de valorisation des déchêts (compost, eaux usées...). Elles ont également su élargir l'implication des habitants. En travaillant avec l'école, les jeunes ont pu être sensibilisés à la question environnementale et participent désormais au nettoyage des déchets du village et de sa plage. Dans les années 2000, le gouvernement Sénégalais a reconnu la légitimité de ces femmes citoyennes en intégrant les regroupements dans la gestion du parc naturel, fait rarissime qui retient l'attention de nombreux acteurs internationaux dont l'Unesco.

Pour autant, la porte d'entrée environnementaliste initiale a été largement débordée, la dynamique collective a entrainé la création d'autres initiatives. Soutenu par des aides extérieures, un campement villageois de quelques cases a été construit pour accueillir les touristes. En une décennie, il a connu deux agrandissements: un premier pour intégrer un dortoir qui permet l'accueil de groupes internationaux de jeunes et une salle de séminaire pour développer l'accueil de professionnels, un second pour de nouvelles cases qui augmentent la capacité d'accueil. Le campement a plusieurs impacts bénéfiques pour le village. D'abord il crée de l'emploi pour de nombreuses femmes du village, ensuite il permet de financer d'autres projets puisque l'ensemble des bénéfices obtenus sont réinvestis localement. En effet, le regroupement comprend aujourd'hui huit commissions techniques: Pépinière, maraichage, tourisme, assainissement, aménagements, économique, alphabétisation et un corps de volontaires du village. Divers besoins identifiés ont été satisfaits grâce au bénéfice réinvesti: mobiliers pour l'école, accessoires pour le centre de santé, équipement pour le maraichage...

De même, des œuvres d'arts conçues en récupérant des matériaux issus de déchets sont vendues aux touristes, et 70% du chiffre d'affaire est dédié au financement local de projets. Dans cette dynamique collective portée par les habitants, les profits échappent à la logique de récupération par des individus actionnaires et sont dédiés à l'intérêt collectif de la communauté.

L'exemple de Popenguine invite donc à réfléchir grandement sur la place des populations locales dans un projet de développement. Personne n'est venu tout chambouler en s'implantant avec ses grands sabots et ses méthodes importées sous prétexte de développement; ici se préservent les solidarités traditionnelles, les structures sociales, l'environnement naturel... à mesure qu'on développe l'économique, la santé, l'éducation. Il est évident que le contexte spécifique d'un village peu développé en milieu rural laisse beaucoup de champ libre dans la mesure où "on part de zéro" et peu d'intérêts divergents sont à concilier puisqu'il s'agit d'un espace socialement homogène a priori. Il semble bien plus difficile de suivre une telle démarche dans un environnement urbain déjà structuré et en présence de populations aux réalités socio-professionelles très diverses qui peuvent occasionner des intérêts divergents. Il existe pour autant des méthodes qui ont fait leurs preuves telles celles de Saul Alinsky connu pour ses expériences de Community Organising dans les années 60 à Chicago. On peut imaginer que généraliser ces approches ouvriraient des champs inexplorées dans les stratégies de développements conçues par des technocrates. De nouvelles perspectives deviendraient possible en faisant confiance à l'expertise que les habitants ont de leur quotidien. L'expérience de l'alliance citoyenne à Grenoble s'est construite de cette manière; on voit bien les réticences des élus locaux à entendre les propositions issues des habitants réunis au sein de cinq campagnes. Nos élus ont peur de ce genre d'approche où les choix leur échappent au profit des habitants; paradoxalement nous nous disons en démocratie.


Concernant le campement villageois de Popenguine et de plusieurs autres villages visités durant mon séjour, des aides financières apportées par des organismes de coopération permettent la création de ces activités économiques. Ces solutions d'hébergement constituent des formules des plus accessibles: des tarifs assez bas avec des prestations correctes mais relativement sobres. Un plus grand "standing" nécessiterait des ressources autres pour attirer et recevoir des touristes plus fortunés. Ainsi, pas de quoi concurrencer l'offre hôtelière et générer des marges plus conséquentes, qui donneraient une plus grande capacité d'autofinancement pour s'affranchir des soutiens financiers. Concernant l'hébergement touristique dans de nombreux coins, on observe deux développements parallèles et sans croisements entre ces initiatives qui visent l'amélioration de la vie d'une communauté, et des modèles marchands plus classiques qui appliquent les concepts économiques occidentaux. Je serai curieux de voir si une sorte de porosité entre ces deux modèles pourraient émerger et quelle forme cela pourrait prendre.





0. Avant propos sur ces ecrits inspirés du voyage au Senegal

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Ma démarche pour la rédaction de ces textes était assez chaotique. Au début je pensais juste écrire pour moi quelques notes et réflexions "souvenir" sur mon cahier, ou immortaliser quelques moments forts. A mesure des jours, j'ai pensé que ce serait intéressant de mettre un peu au propre pour partager aux amis quelques réflexions. En recopiant mon cahier en version informatique, j'ai rassemblé les textes qui pouvaient se rapprocher et j'ai abouti à une structuration en "thèmes" sans préméditation. J'ai sollicité quelques amis rencontrés au Sénégal pour une relecture avant de diffuser "côté francais". Les retours m'aident à réaliser que je dois préciser le but de mes écrits pour éviter les mauvaises interprétations, d'où cette introduction.

Ils n'ont pas vocation à être une analyse réfléchie, mais des questionnements soulevés à mesure des découvertes. Je n'ai pas de méthodologie sociologique, anthropologique... et donc ne prétend pas à une quelconque production qui éclairerait les réalités de la société sénégalaise. De plus je me base sur de nombreuses expériences en milieu rural ou dans des villes "reculées", très différent de la réalité des villes des zones plus "développées" du Sénégal; tout n'est pas donc généralisable à l'ensemble du pays.


Parallèlement, ce n'est pas seulement l'envie d'écrire sur le Sénégal qui m'a poussé à écrire. J'avais aussi un autre moteur, celui qui m'a motivé à partir. Depuis presque dix ans, je suis impliqué dans beaucoup d'associations culturelles, socioculturelles, de développement économique et local à Grenoble. Elles m'amènent à me confronter au politiques publiques, à voir les limites des approches sectorisées, les incohérences entre les services. Fatigué d un certain immobilisme, d'états de fait immuables, de logiques de reproduction, je sais bien qu'ils sont entretenus par des techniciens et élus souvent incapables de concevoir leur rôle autrement, et parfois indifférents ou impuissants quand ils ont conscience des échecs de leur travail. On découvre pourtant des propositions pertinentes pour améliorer l'action publique, portées par des précurseurs de leur domaine puis appropriées par des élus de divers partis. Mais des logiques concurrentielles et des désaccords idéologiques empêchent de nombreux consensus préalables à des changements. Si certains se rassurent depuis peu de la forte représentation de la gauche socialiste dans nos institutions, je reste convaincu que de réels changements ne peuvent venir qu'à condition de dépasser les cadres dans lesquels l'action publique est enfermée (et je suis sceptique quant au courage des socialistes pour de tels changements).

Ainsi je cherchais dans ce voyage une prise de recul vis-à-vis de l'institution française. Changer totalement d environnement, voir d'autres manière de faire et de vivre, devait me redonner une fraicheur et étayer mes pratiques d'un sens nouveau. J'espérais retrouver du sens dans l'action publique. On verra ce qu'il en est à l'avenir.

Après coup, je dois dire que je n'ai pas vraiment vu d'autres manières de travailler institutionnellement compte tenu de la moindre existance de services publics au Sénégal. Cependant via les diverses initiatives menées dans le large champ de la coopération internationale (ONGs, programmes décentralisés...), j'ai plutôt retrouvé du sens au niveau de la réalité quotidienne des actions. Culture, social, économique... ne sont que différentes dimensions intercorrélées d'une même société. Mais au delà de la banale énonciation de ce lieu commun, comment le constater concrètement dans un quotidien ? J'ai bien heureusement pu le ressentir ici à plusieurs reprises et je vais essayer de le retranscrire. C'est un exercice périlleux, l'écriture mérite une grande aisance pour faire passer les messages tels qu'on le voudrait, et je pêcherai certainement là dessus.

J'aimerai parvenir par effet miroir, grâce à des vécus au Sénégal, à illustrer des incohérences de chez nous, tellement grosses qu'on finit par ne plus les voir. Je pense qu'en ressentant les situations, on ouvre une autre perspective dans nos réflexions. Le vécu fait trop souvent défaut dans les expertises techniques des professionnels de l'action publique. La technocratie conduit vers des décisions structurelles qui peuvent paraitre brillantes et dont les collectivités aiment se féliciter, mais regardées au niveau humain dans un quotidien elles deviennent par moment aberrantes. Peut-être certains passages en rendront compte.


Enfin, comme on me l'a fait remarqué, je n'ai pas soulevé plusieurs questions qui pourtant seraient intéressantes à aborder, mais tant pis pour cette fois. Pour en lister quelques unes, je n'ai pas parlé :
- des grandes villes, dont Dakar, où de grandes différences existent par rapport à ce sur quoi j'ai pris le temps d'écrire.
- de cette "envie d'ailleurs", ce "rêve" de l'occident manifesté par certaines personnes qui souhaiteraient s'y rendre.
- l'existence de la corruption, ses formes, ses incidences.



De plus, j'ai intégré en italique à plusieurs endroits les retours faits par une amie francaise vivant au sénégal, car à plusieurs moments ils apportent un plus à mon propos.
Bonne lecture