jeudi 26 juillet 2012

0. Avant propos sur ces ecrits inspirés du voyage au Senegal

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Ma démarche pour la rédaction de ces textes était assez chaotique. Au début je pensais juste écrire pour moi quelques notes et réflexions "souvenir" sur mon cahier, ou immortaliser quelques moments forts. A mesure des jours, j'ai pensé que ce serait intéressant de mettre un peu au propre pour partager aux amis quelques réflexions. En recopiant mon cahier en version informatique, j'ai rassemblé les textes qui pouvaient se rapprocher et j'ai abouti à une structuration en "thèmes" sans préméditation. J'ai sollicité quelques amis rencontrés au Sénégal pour une relecture avant de diffuser "côté francais". Les retours m'aident à réaliser que je dois préciser le but de mes écrits pour éviter les mauvaises interprétations, d'où cette introduction.

Ils n'ont pas vocation à être une analyse réfléchie, mais des questionnements soulevés à mesure des découvertes. Je n'ai pas de méthodologie sociologique, anthropologique... et donc ne prétend pas à une quelconque production qui éclairerait les réalités de la société sénégalaise. De plus je me base sur de nombreuses expériences en milieu rural ou dans des villes "reculées", très différent de la réalité des villes des zones plus "développées" du Sénégal; tout n'est pas donc généralisable à l'ensemble du pays.


Parallèlement, ce n'est pas seulement l'envie d'écrire sur le Sénégal qui m'a poussé à écrire. J'avais aussi un autre moteur, celui qui m'a motivé à partir. Depuis presque dix ans, je suis impliqué dans beaucoup d'associations culturelles, socioculturelles, de développement économique et local à Grenoble. Elles m'amènent à me confronter au politiques publiques, à voir les limites des approches sectorisées, les incohérences entre les services. Fatigué d un certain immobilisme, d'états de fait immuables, de logiques de reproduction, je sais bien qu'ils sont entretenus par des techniciens et élus souvent incapables de concevoir leur rôle autrement, et parfois indifférents ou impuissants quand ils ont conscience des échecs de leur travail. On découvre pourtant des propositions pertinentes pour améliorer l'action publique, portées par des précurseurs de leur domaine puis appropriées par des élus de divers partis. Mais des logiques concurrentielles et des désaccords idéologiques empêchent de nombreux consensus préalables à des changements. Si certains se rassurent depuis peu de la forte représentation de la gauche socialiste dans nos institutions, je reste convaincu que de réels changements ne peuvent venir qu'à condition de dépasser les cadres dans lesquels l'action publique est enfermée (et je suis sceptique quant au courage des socialistes pour de tels changements).

Ainsi je cherchais dans ce voyage une prise de recul vis-à-vis de l'institution française. Changer totalement d environnement, voir d'autres manière de faire et de vivre, devait me redonner une fraicheur et étayer mes pratiques d'un sens nouveau. J'espérais retrouver du sens dans l'action publique. On verra ce qu'il en est à l'avenir.

Après coup, je dois dire que je n'ai pas vraiment vu d'autres manières de travailler institutionnellement compte tenu de la moindre existance de services publics au Sénégal. Cependant via les diverses initiatives menées dans le large champ de la coopération internationale (ONGs, programmes décentralisés...), j'ai plutôt retrouvé du sens au niveau de la réalité quotidienne des actions. Culture, social, économique... ne sont que différentes dimensions intercorrélées d'une même société. Mais au delà de la banale énonciation de ce lieu commun, comment le constater concrètement dans un quotidien ? J'ai bien heureusement pu le ressentir ici à plusieurs reprises et je vais essayer de le retranscrire. C'est un exercice périlleux, l'écriture mérite une grande aisance pour faire passer les messages tels qu'on le voudrait, et je pêcherai certainement là dessus.

J'aimerai parvenir par effet miroir, grâce à des vécus au Sénégal, à illustrer des incohérences de chez nous, tellement grosses qu'on finit par ne plus les voir. Je pense qu'en ressentant les situations, on ouvre une autre perspective dans nos réflexions. Le vécu fait trop souvent défaut dans les expertises techniques des professionnels de l'action publique. La technocratie conduit vers des décisions structurelles qui peuvent paraitre brillantes et dont les collectivités aiment se féliciter, mais regardées au niveau humain dans un quotidien elles deviennent par moment aberrantes. Peut-être certains passages en rendront compte.


Enfin, comme on me l'a fait remarqué, je n'ai pas soulevé plusieurs questions qui pourtant seraient intéressantes à aborder, mais tant pis pour cette fois. Pour en lister quelques unes, je n'ai pas parlé :
- des grandes villes, dont Dakar, où de grandes différences existent par rapport à ce sur quoi j'ai pris le temps d'écrire.
- de cette "envie d'ailleurs", ce "rêve" de l'occident manifesté par certaines personnes qui souhaiteraient s'y rendre.
- l'existence de la corruption, ses formes, ses incidences.



De plus, j'ai intégré en italique à plusieurs endroits les retours faits par une amie francaise vivant au sénégal, car à plusieurs moments ils apportent un plus à mon propos.
Bonne lecture